Votre parent a du mal à se lever seul, oublie de prendre ses repas ou ne peut plus se laver sans aide. Pour mesurer cette perte d’autonomie et ouvrir des droits comme l’APA, les professionnels utilisent un outil précis : la grille AGGIR.
Elle classe chaque personne âgée dans un groupe, appelé GIR, de 1 (dépendance totale) à 6 (autonomie conservée). Comprendre ce classement permet de savoir à quelles aides prétendre, mais aussi de réagir si le résultat ne correspond pas à la réalité quotidienne.
Ce que la grille AGGIR mesure vraiment au quotidien
La grille AGGIR ne s’intéresse pas aux maladies ni aux diagnostics médicaux. Une personne atteinte d’Alzheimer à un stade précoce peut être classée GIR 4 si elle accomplit encore certains gestes seule. À l’inverse, quelqu’un sans pathologie lourde mais immobilisé après une fracture du col du fémur peut se retrouver en GIR 2.
L’évaluation porte sur la capacité à accomplir les actes de la vie courante, pas sur la gravité d’une maladie. C’est une distinction que les familles découvrent souvent trop tard.
Concrètement, l’évaluateur observe dix activités appelées variables discriminantes. Parmi elles : la toilette, l’habillage, l’alimentation, les déplacements à l’intérieur du logement, l’orientation dans le temps et dans l’espace, ou encore la cohérence du comportement. Chaque activité est notée selon trois niveaux : la personne fait seule, fait partiellement, ou ne fait pas.
Sept autres variables, dites illustratives, complètent le tableau. Elles portent sur la vie domestique et sociale (ménage, cuisine, gestion du budget, transports). Ces variables ne comptent pas dans le calcul du GIR, mais elles aident l’équipe à cerner les besoins réels de la personne.

GIR 1 à GIR 6 : quel niveau ouvre droit à l’APA
Le classement en six groupes détermine directement l’accès à l’allocation personnalisée d’autonomie. Vous avez peut-être entendu dire que seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA. C’est exact, et la frontière entre GIR 4 et GIR 5 change beaucoup de choses.
- GIR 1 : la personne est confinée au lit ou au fauteuil, ses fonctions mentales sont gravement altérées. Elle a besoin d’une présence continue.
- GIR 2 : les fonctions mentales ne sont pas totalement altérées mais la personne a besoin d’une prise en charge pour la plupart des activités quotidiennes, ou bien elle se déplace mais présente une détérioration mentale sévère.
- GIR 3 : l’autonomie mentale est conservée, mais la personne a besoin d’aide plusieurs fois par jour pour les soins corporels.
- GIR 4 : la personne a besoin d’aide pour se lever, se coucher, ou pour la toilette et l’habillage, mais peut se déplacer seule à l’intérieur du logement.
- GIR 5 et GIR 6 : la personne est considérée comme autonome ou faiblement dépendante. Pas d’APA, mais d’autres aides au maintien à domicile peuvent être mobilisées (aide-ménagère, portage de repas).
En EHPAD, le GIR ne détermine pas seulement l’APA. Il fixe aussi la part « dépendance » facturée au résident. Plus le GIR est élevé en dépendance, plus le tarif dépendance de l’établissement est important. Les personnes classées GIR 5 ou 6 paient un ticket modérateur, plus faible.
Contestation du GIR : que faire quand le classement sous-estime la perte d’autonomie
Vous observez chaque jour les difficultés de votre proche, mais le classement GIR retenu ne semble pas refléter cette réalité. Ce décalage arrive plus souvent qu’on ne le pense, pour une raison simple : l’évaluation AGGIR repose sur un moment donné, parfois court, et certaines personnes âgées mobilisent leurs ressources en présence d’un évaluateur extérieur.
Une personne atteinte de troubles cognitifs peut donner le change pendant une visite de trente minutes, puis se retrouver désorientée dès que l’évaluateur quitte le domicile. Le phénomène porte un nom dans le milieu gériatrique : l’effet « vitrine ».
Préparer le terrain avant la visite d’évaluation
Si vous êtes aidant, notez pendant deux à trois semaines les situations concrètes qui posent problème. Par exemple : « Mardi, maman n’a pas réussi à enfiler ses chaussures seule », « Jeudi, elle a oublié qu’elle avait mangé et a redemandé un repas une heure après ». Un journal des difficultés quotidiennes pèse plus qu’un ressenti verbal lors de l’évaluation.
Demandez aussi au médecin traitant de rédiger un certificat décrivant les limitations fonctionnelles. Ce document n’est pas obligatoire, mais il complète utilement l’observation de l’évaluateur.
Demander une réévaluation du GIR
Le classement GIR n’est pas figé. À domicile, vous pouvez adresser une demande de réévaluation au conseil départemental, qui mandatera une nouvelle visite de l’équipe médico-sociale. Aucun délai minimum n’est imposé entre deux évaluations si l’état de la personne a changé.
En EHPAD, le médecin coordonnateur peut réévaluer le GIR à tout moment lorsque l’état du résident évolue. Si vous estimez que la réévaluation en établissement ne reflète pas la situation, vous pouvez demander au conseil départemental de mandater un médecin extérieur pour une contre-évaluation.

GIR en EHPAD : l’impact sur la facture du résident
Beaucoup de familles découvrent à l’entrée en établissement que le GIR influence directement le montant payé chaque mois. La tarification d’un EHPAD se décompose en trois volets : hébergement, soins et dépendance. Le volet dépendance est celui qui varie selon le GIR.
Pour les résidents classés GIR 1 à 4, l’APA en établissement couvre une partie de ce tarif dépendance. Le reste est à la charge de la personne ou de sa famille. Pour les résidents en GIR 5 ou 6, le tarif dépendance correspond au ticket modérateur, généralement plus bas.
Ce système explique pourquoi une réévaluation du GIR en cours de séjour peut modifier la facture dans les deux sens. Une aggravation de la dépendance augmente le tarif dépendance, mais l’APA couvre alors une part plus grande. L’équilibre financier dépend du montant d’APA accordé par le département et des ressources du résident.
Le classement GIR reste un outil administratif qui traduit une réalité humaine complexe en six catégories. Sa force est aussi sa limite : il simplifie pour permettre l’accès aux droits, mais il peut manquer de nuance. Tenir un suivi écrit des difficultés et solliciter une réévaluation dès que la situation change reste la meilleure façon de s’assurer que le niveau retenu correspond au besoin réel.
