La grille AGGIR est l’outil officiel utilisé en France pour mesurer le niveau de perte d’autonomie d’une personne âgée. Son sigle signifie Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources. Le résultat de cette évaluation, appelé GIR, détermine directement l’accès à l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et le montant d’aide attribuable.
Variables discriminantes de la grille AGGIR : le noyau du calcul
La grille AGGIR ne fonctionne pas comme un questionnaire classique avec un score additionné. Elle repose sur dix variables dites discriminantes, qui sont les seules prises en compte dans l’algorithme de classement GIR. Ce point est souvent mal compris : d’autres variables existent dans la grille, mais elles ne pèsent pas dans le calcul final.
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Les dix variables discriminantes couvrent deux registres distincts. Le premier porte sur les activités mentales et la capacité à communiquer. Le second évalue les activités corporelles et les déplacements.
- Cohérence et orientation : la capacité à converser de façon logique et à se repérer dans le temps et l’espace. Ces deux variables pèsent lourd dans le classement, car une altération mentale grave oriente vers un GIR 1 ou 2, même si la personne se déplace encore.
- Toilette, habillage, alimentation, élimination : quatre variables qui mesurent la capacité à réaliser seul les gestes du quotidien, du lavage du visage au contrôle des fonctions urinaires et fécales.
- Transferts (se lever, s’asseoir, changer de position), déplacements intérieurs et déplacements extérieurs : trois variables liées à la mobilité.
- Communication à distance : la capacité à utiliser un téléphone, une sonnette d’alerte ou tout moyen de contact.
Chaque variable est codée selon trois modalités : la personne fait seule, fait partiellement, ou ne fait pas. L’évaluateur ne note pas un score chiffré mais une lettre (A, B ou C) pour chaque item.
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Variables illustratives : présentes dans la grille mais absentes du calcul GIR
La grille AGGIR comporte aussi sept variables dites illustratives. Elles décrivent des activités domestiques et sociales : gestion du budget, cuisine, ménage, transport, achats, suivi du traitement médical, activités de loisir.
Ces variables ne modifient pas le GIR attribué. Leur rôle est d’aider l’équipe médico-sociale à construire un plan d’aide adapté. Par exemple, une personne classée GIR 4 qui ne peut plus faire ses courses ni gérer ses médicaments n’aura pas le même plan d’aide qu’une personne GIR 4 autonome sur ces aspects.
Confondre variables discriminantes et illustratives est une erreur fréquente. Seules les dix variables discriminantes déterminent le groupe GIR. Les variables illustratives orientent le contenu du plan d’aide, pas le niveau de classement.
Classement GIR 1 à 6 : ce que chaque niveau signifie pour le financement
L’algorithme de la grille AGGIR classe la personne dans l’un des six groupes iso-ressources. Le terme « iso-ressources » signifie que les personnes d’un même groupe mobilisent un niveau comparable de ressources d’aide.
Le GIR 1 correspond au degré de dépendance le plus élevé : personne confinée au lit ou au fauteuil, fonctions mentales gravement altérées, présence continue d’un intervenant nécessaire. Le GIR 6, à l’opposé, désigne une personne encore autonome dans tous les actes de la vie courante.
Seuls les GIR 1, 2, 3 et 4 ouvrent droit à l’APA. Les personnes classées en GIR 5 ou 6 ne relèvent pas de cette allocation. Leur prise en charge passe par un autre circuit : les caisses de retraite de base, qui peuvent financer des aides comme l’aide ménagère.
Cette distinction a des conséquences financières directes. Depuis début 2025, les plafonds mensuels de l’APA atteignent jusqu’à 2 045,56 euros pour un GIR 1 et 1 654,18 euros pour un GIR 2, avec une décroissance jusqu’au GIR 4. Le GIR déterminé par la grille AGGIR fixe donc un plafond de financement, pas seulement un diagnostic médical.
Évaluation AGGIR à domicile et en établissement : deux contextes, deux évaluateurs
L’évaluation ne se déroule pas de la même façon selon que la personne vit chez elle ou en EHPAD.
Pour une demande d’APA à domicile, c’est un membre de l’équipe médico-sociale du conseil départemental qui se rend au domicile. Cette visite permet d’observer la personne dans son environnement réel : aménagement du logement, aides techniques déjà en place, présence ou absence d’un aidant.
En établissement, le médecin coordonnateur de la structure réalise l’évaluation. Il utilise la même grille AGGIR, mais le contexte diffère : la personne bénéficie déjà d’un encadrement, ce qui peut modifier la perception de ses capacités réelles.
Le GIR peut être réévalué à tout moment si l’état de santé évolue. Une aggravation de la dépendance justifie une nouvelle évaluation pour accéder à un GIR plus élevé, et donc à un plafond d’aide supérieur. Cette demande peut venir de la famille, du médecin traitant ou de l’établissement.

Contester un GIR attribué : la procédure à connaître
Un classement GIR peut être contesté. La démarche consiste à adresser un courrier au président du conseil départemental en demandant une révision de l’évaluation. Une nouvelle visite sera programmée, parfois avec un médecin expert différent.
Le recours est gratuit. Il faut l’appuyer avec des éléments concrets : certificats médicaux récents, courriers du médecin traitant détaillant l’évolution de la perte d’autonomie, témoignages d’aidants sur les difficultés quotidiennes. Un GIR 4 réévalué en GIR 3 peut représenter plusieurs centaines d’euros mensuels supplémentaires d’APA.
La grille AGGIR reste un outil standardisé, avec les limites que cela suppose. Deux évaluateurs différents peuvent aboutir à un classement différent pour une même personne, en fonction de l’heure de la visite ou de l’état de fatigue du jour. C’est précisément pour cette raison que le droit à contestation et à réévaluation existe, et qu’il mérite d’être exercé chaque fois que le classement semble ne pas refléter la réalité quotidienne.
