La pension moyenne nette des retraités résidant en France s’établit à 1 541 euros par mois selon le dernier panorama DREES (données 2023). Ce chiffre agrège base et complémentaire sans distinguer le poids respectif de chaque étage, ce qui masque un déséquilibre structurel accentué par les décisions de pilotage divergentes prises depuis fin 2024.
Gel Agirc-Arrco et revalorisation de base : un découplage inédit en 2025-2026
La valeur de service du point Agirc-Arrco est figée à 1,4386 euro depuis le 1er novembre 2024, sans aucune revalorisation au 1er novembre 2025. Ce gel est prolongé jusqu’au 31 octobre 2026 au moins.
Dans le même temps, les pensions de base ont été revalorisées de +0,9 % au 1er janvier 2026. Nous observons donc un découplage sans précédent entre les deux composantes du revenu de retraite des salariés du privé.
Ce différentiel de traitement produit un effet mécanique : la hausse effective de la pension globale est nettement inférieure à celle affichée pour le seul régime de base. Pour un retraité dont la complémentaire représente la moitié de ses revenus, le gain réel tombe à environ la moitié du taux de revalorisation de base.
Pourquoi ce gel pèse davantage sur les ex-cadres
La part de la complémentaire Agirc-Arrco dans la pension totale varie considérablement : entre 25 % et 65 % selon le profil de carrière. Un ancien cadre supérieur dont la complémentaire constitue les deux tiers de sa pension subit une érosion du pouvoir d’achat bien plus marquée qu’un salarié à carrière courte ou discontinue, pour qui la base domine.
Ce point reste absent de la plupart des comparatifs de pensions moyennes, qui se contentent du chiffre global de 1 666 euros bruts mensuels sans ventiler la contribution de chaque étage.

Pension de base versus complémentaire : anatomie de l’écart moyen
Le montant brut moyen de droit direct (majoration pour trois enfants incluse) atteint 1 666 euros. Après prélèvements sociaux (CSG, CRDS), il descend à 1 541 euros nets. En intégrant les pensions de réversion, le brut moyen s’établit à 1 662 euros.
Ces moyennes arithmétiques cachent une répartition base/complémentaire qui dépend du régime d’affiliation, du niveau de salaire et de la durée de cotisation. Voici les principaux facteurs de dispersion :
- Un salarié non-cadre du privé ayant validé une carrière complète au SMIC perçoit une part complémentaire minoritaire, souvent autour du quart de sa pension totale.
- Un cadre ayant cotisé au plafond ou au-delà voit sa complémentaire dépasser fréquemment la moitié de son revenu de retraite, parfois jusqu’aux deux tiers.
- Les fonctionnaires relèvent d’un autre mécanisme (RAFP pour la part additionnelle), avec un poids de la complémentaire structurellement plus faible que dans le privé.
- Les polypensionnés (affiliés à plusieurs régimes successifs) cumulent des droits disparates, rendant la moyenne nationale encore moins représentative de leur situation individuelle.
L’écart hommes-femmes amplifié par la complémentaire
L’écart de pension de droit direct entre hommes et femmes avoisine 40 % en défaveur des femmes. Cet écart se forme sur les deux étages, mais la complémentaire l’amplifie : les carrières féminines, plus souvent à temps partiel ou interrompues, génèrent mécaniquement moins de points Agirc-Arrco.
La réversion joue un rôle correcteur partiel. Intégrer les pensions de réversion réduit l’écart global, mais ne compense pas la disparité accumulée sur la complémentaire durant la vie active.
Taux de remplacement et niveau de vie des retraités en France
La loi du 20 janvier 2014 a fixé un plancher de taux de remplacement de 70 % pour un salarié non-cadre du régime général à carrière continue, rémunéré au niveau du tiers inférieur de la distribution des salaires. Ce seuil ne concerne que le régime de base et ne garantit rien sur le taux de remplacement global base + complémentaire.
Nous recommandons de raisonner en taux de remplacement net global plutôt qu’en montant moyen. Le ratio rapportant les pensions perçues par les retraités de 65 à 74 ans aux revenus d’activité des actifs de 50 à 59 ans donne une lecture plus fine de l’adéquation du système.

Un pouvoir d’achat qui diverge selon la composition de la pension
Le gel prolongé de la complémentaire crée deux populations de retraités aux trajectoires de pouvoir d’achat distinctes. Ceux dont la base représente l’essentiel du revenu bénéficient de la revalorisation annuelle. Ceux dont la complémentaire domine voient leur pension réelle reculer face à l’inflation.
Cette divergence n’apparaît pas dans les statistiques de niveau de vie médian, qui agrègent l’ensemble des revenus (pensions, patrimoine, revenus du conjoint). Le niveau de vie médian des retraités peut rester stable ou progresser légèrement alors que la pension servie stagne pour une fraction significative d’entre eux.
Vérifier son relevé de carrière : le levier sous-estimé sur la complémentaire
Les erreurs de report de points Agirc-Arrco restent fréquentes, en particulier pour les salariés ayant changé plusieurs fois d’employeur ou traversé des périodes de chômage indemnisé. Chaque point non reporté se traduit par un manque à gagner définitif sur la complémentaire.
Contrôler son relevé de carrière ne se limite pas à vérifier les trimestres validés au régime général. Il faut examiner ligne par ligne les points inscrits au compte Agirc-Arrco, notamment :
- Les périodes d’activité partielle ou de maladie, qui génèrent des points gratuits sous conditions.
- Les années de début de carrière, souvent mal reportées en raison des fusions successives des caisses.
- Les périodes de chômage non indemnisé, qui ne donnent droit à aucun point complémentaire mais peuvent être confondues avec du chômage indemnisé ouvrant des droits.
Un contrôle rigoureux plusieurs années avant le départ permet de rectifier les anomalies via la procédure de régularisation. La complémentaire se corrige plus difficilement que la base, car les archives des anciennes caisses ne sont pas toujours numérisées.
Le chiffre de 1 541 euros nets mensuels reste un repère statistique. La réalité de chaque retraité dépend de la proportion base/complémentaire dans sa pension, proportion que le gel Agirc-Arrco transforme aujourd’hui en variable déterminante du pouvoir d’achat à la retraite.
