En France, un adulte passé 65 ans dort en moyenne sept à huit heures par nuit. Pourtant, certains seniors s’endorment bien plus souvent, enchaînant les siestes dès que l’occasion se présente. D’après l’Inserm, près d’un quart des personnes âgées déclarent souffrir d’une somnolence envahissante en journée.
Si l’hypersomnolence touche un nombre non négligeable de seniors, elle ne s’explique pas uniquement par le vieillissement. Des maladies, des traitements ou un dérèglement du rythme veille-sommeil peuvent tout autant bouleverser le quotidien. Face à ce constat, il devient nécessaire de rester attentif pour prévenir l’isolement, la perte de repères ou la dégradation de l’autonomie.
L’hypersomnolence chez les seniors : un phénomène fréquent mais souvent mal compris
Impossible d’ignorer que le sommeil des personnes âgées change profondément : le repos nocturne devient plus léger, entrecoupé, ponctué de réveils fréquents et d’un lever parfois très matinal. Alors que la plupart dorment entre six et sept heures par nuit, bien loin des clichés sur les longues grasses matinées, rares sont ceux qui parviennent à rattraper ce manque durant la nuit suivante. Beaucoup optent alors pour la sieste, parfois à plusieurs reprises au fil de la journée, pour grappiller un peu de récupération.
Mais l’hypersomnolence chez la personne âgée soulève des questions. Les besoins diffèrent d’un individu à l’autre, influencés par les gènes et l’âge. Certains seniors très dynamiques se contentent de peu, d’autres ont l’impression de ne jamais retrouver un vrai repos, même en dormant davantage. Cette sensation de fatigue ou d’insomnie nourrit souvent des inquiétudes qui ne sont pas toujours justifiées.
Le rythme veille-sommeil finit par se dérégler, surtout quand la lumière naturelle manque ou que l’activité physique diminue. Les siestes se multiplient, mais elles ne comblent pas forcément la diminution du sommeil nocturne. Une question se pose alors : doit-on laisser le sommeil s’imposer, ou réinstaurer un rythme plus régulier pour préserver la qualité de vie ?
Pour mieux comprendre, voici trois points à retenir sur la spécificité du sommeil chez les seniors :
- Le sommeil devient plus léger, souvent perturbé par des réveils fréquents
- La durée du sommeil dépend à la fois de l’âge, du mode de vie et de la physiologie de chacun
- Des siestes répétées traduisent à la fois un besoin de récupération et un dérèglement du rythme veille-sommeil
Quelles sont les causes possibles d’un excès de sommeil chez la personne âgée ?
Les raisons pour lesquelles un senior dort beaucoup en journée sont multiples. Souvent, elles s’additionnent et finissent par troubler l’équilibre. À la base, le sommeil nocturne déjà fragilisé par l’âge se complique de troubles du sommeil variés : insomnie chronique, apnée du sommeil, syndrome des jambes sans repos ou encore parasomnies. Chacune de ces pathologies altère la profondeur ou la continuité du repos nocturne, entraînant une lassitude persistante au réveil.
Les maladies chroniques ajoutent une difficulté supplémentaire. Maladies du cœur, reins fatigués, troubles neurologiques, sans oublier certaines démences comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie à Corps de Lewy, favorisent une hypersomnolence. De plus, la dépression, fréquente mais parfois discrète chez les seniors, se manifeste souvent par l’envie de dormir ou par une fatigue qui ne s’explique pas.
Il faut également compter avec les médicaments. Beaucoup de traitements courants à cet âge, qu’il s’agisse d’anxiolytiques, d’antidépresseurs, d’antipsychotiques, d’antalgiques ou de corticoïdes, influent sur l’état d’éveil et peuvent provoquer de la somnolence. Les douleurs chroniques, l’anxiété ou la désorientation liée à la vie en institution peuvent également désorganiser le rythme veille-sommeil.
On identifie plusieurs facteurs à surveiller chez la personne âgée qui dort beaucoup. Les voici :
- troubles du sommeil comme l’apnée, le syndrome des jambes sans repos ou certaines parasomnies
- présence de maladies chroniques et de démences
- effets secondaires de traitements médicamenteux
- état dépressif ou difficultés psychologiques
- douleurs persistantes ou anxiété envahissante
La diversité de ces causes explique pourquoi certains seniors se mettent à somnoler de façon progressive, tandis que d’autres voient leur quotidien bouleversé du jour au lendemain.
Reconnaître les signes d’alerte : quand s’inquiéter et consulter un professionnel
Le regain de fatigue chez une personne âgée interroge souvent les proches. Un sommeil toujours plus envahissant, de jour comme de nuit, ne doit pas être attribué systématiquement à l’âge ou à la routine. Parfois, l’entourage constate un retrait social, une perte d’intérêt, des signes de confusion ou des changements d’attitude inhabituels. D’autres fois, ce sont des chutes répétées, des trous de mémoire ou une humeur soudainement instable qui mettent la puce à l’oreille.
La somnolence diurne excessive ne se résume pas à un petit coup de mou après le déjeuner. Elle se manifeste par une vigilance émoussée, une difficulté à suivre une discussion, parfois une désorientation passagère. Les aidants décrivent souvent des réveils laborieux, des gestes ralentis, une concentration qui s’évapore. Lorsque ces symptômes persistent plusieurs jours ou semaines, il devient nécessaire de chercher une explication précise.
Un médecin généraliste ou un gériatre doit être consulté si les rythmes veille-sommeil changent brutalement, si des troubles cognitifs apparaissent ou si l’autonomie décline rapidement. Un bilan permettra de faire le point sur les traitements, l’état de santé général et l’environnement de vie. Si les difficultés persistent ou semblent atypiques, le recours à un médecin du sommeil s’impose. Pour obtenir des détails sur les démarches, l’Assurance Maladie fournit des ressources claires et oriente vers des aides adaptées.
Voici les principaux signaux qui doivent alerter et motiver une consultation :
- fatigue persistante sans raison apparente
- troubles de la mémoire ou désorientation inhabituelle
- retrait progressif des activités quotidiennes
- chutes à répétition
- changements soudains dans le comportement ou l’humeur
Repérer ces signes d’alerte permet d’intervenir rapidement, de limiter l’isolement et de préserver le bien-être de la personne âgée.
Des conseils concrets pour mieux gérer le sommeil au quotidien
Gérer au mieux le sommeil à un âge avancé demande observation et ajustements. Le rythme veille-sommeil se fragilise, la nuit se fragmente, et les siestes s’imposent dans la routine. Plutôt que de restreindre systématiquement le repos diurne, il peut être judicieux d’organiser les journées avec souplesse. Privilégier les siestes courtes (20 à 30 minutes), de préférence en début d’après-midi, limite le risque d’empiéter sur la nuit.
L’exposition à la lumière naturelle reste un levier efficace pour réguler l’horloge interne. Dès le matin, maximisez l’ouverture aux rayons du jour, encouragez les sorties, même rapides, afin de stimuler la production de mélatonine et de faciliter l’endormissement le soir. La Docteure Clara Blanquis rappelle que la lumière du jour retarde la sécrétion de cette hormone et ajuste les cycles veille-sommeil.
Soigner l’environnement de la chambre compte tout autant : espace paisible, température tempérée, literie confortable. Un matelas et un oreiller adaptés préviennent douleurs et micro-réveils. Des pratiques de relaxation, la sophrologie, le yoga ou encore l’art-thérapie montrent des effets notables sur le sommeil, appuyés par l’expérience des patients comme des professionnels de santé.
Quelques pistes concrètes peuvent guider la routine quotidienne :
- Intégrer une activité physique régulière, en l’adaptant aux capacités de chacun.
- Planifier les activités intellectuelles stimulantes le matin ou en début d’après-midi.
- Réduire la consommation de caféine, d’alcool et limiter l’usage des écrans en soirée.
Les alternatives non pharmacologiques sont précieuses pour préserver la qualité du sommeil. Les somnifères ne devraient être utilisés qu’en dernier recours, sur avis médical. Les thérapies comportementales, la méditation ou l’acupuncture s’intègrent naturellement dans une prise en charge globale et personnalisée du sommeil chez la personne âgée.
Le sommeil évolue, le rythme change, mais des ajustements concrets peuvent redonner à la journée tout son relief et à la nuit, un peu de douceur retrouvée.

